Force d’âme et courage

Le 28 février dernier, l’entretien qui a opposé D. Trump et V. Zelensky a littéralement sidéré une grande partie du monde.
Multiforme et tentaculaire, le mensonge nous a atteints de plein fouet, en nous montrant la puissance de sa dictature. Le déni, le négationnisme, le révisionnisme, l’omerta, la désinformation, la dissimulation, qui nous intoxiquent tous depuis trop longtemps, se sont dévoilés avec l’impudeur propre à l’arrogance, à sa trivialité et son cynisme.
Ce qui s’est passé dans le Bureau ovale a heurté en chacune et chacun d’entre nous ce qui appartient à tous : ce ressenti intime, sanctuarisé – autrement dit inviolable – auquel la tradition philosophique et religieuse a donné le nom d’âme, justement parce qu’elle anime ce par quoi nous nous sentons semblables.
Nous nous sommes brusquement rappelés qu’on n’avait pas le droit d’humilier, pas le droit de salir le courage et l’honneur d’un homme et de son peuple, pas le droit de monnayer le prix du sang, pareil à celui qui coule dans nos veines, exactement de la même façon qu’on n’a pas le droit de profaner des tombes ou de laisser des morts sans sépulture.
Cette indignation-là, ce refus d’indignité, nous parviennent du fond des âges et c’est pourquoi, leur élan est si impétueux.
Car cet élan nous donne l’envie d’être de nouveau debout et de protéger les innocents. Il renouvelle le goût de l’authenticité, le désir de boire de l’eau fraîche et de respirer un air pur.
Il bouleverse notre univers mental au point d’élargir nos représentations habituelles : désormais Jean Moulin, Alexei Navalny, Hans et Sophie Scholl, Martin Luther King, Gândhi …, reposant auprès de tous les hommes et les femmes qui ont donné leur vie pour nous garantir la paix, habitent ensemble dans le vaste espace mémoriel de notre humanité.

C’est au nom de cette mémoire universelle qu’il est légitime d’organiser une Europe de la Défense.
C’est en son nom qu’il convient de considérer qu’un certain pacifisme est l’ennemi de la paix, tout comme une certaine non-violence est complice de la lâcheté qui abandonne le faible aux mains des bourreaux.
C’est pourquoi il nous faut discerner, pour les combattre, les torpeurs coupables qui nous empêchent d’ouvrir les yeux et de nous réveiller.
Parmi elles, il y a toutes celles qui enlisent la jeunesse dans tous les paradis artificiels des addictions, et celles qui l’engluent dans un confort d’où précisément la force d’âme est exclue : faute d’avoir été identifiée comme le centre vital de la personnalité, elle est ignorée ou méconnue.
On oublie même son autre nom qui est tout simplement le courage : courage de faire la vérité, courage de dénoncer l’injustice, courage d’être soi, courage de sauver autrui …
Le monde éducatif a un rôle à jouer pour la transmission d’une valeur qui dépasse infiniment les strictes perspectives politiques ou religieuses.
Indifféremment viril et féminin, le courage est une vertu qui pousse à l’engagement et entretient durablement le sens de la responsabilité.
Car le courage est une force d’âme intimement liée à la loyauté, celle qui s’en réfère à la vérité mais aussi celle qui ne laisse pas tomber son semblable. Il confère à la démocratie son caractère sacré, en exigeant qu’elle soit la garante de la justice et de la liberté, et donc de la Paix.

Dans cette perspective, nul n’a le pouvoir de trier entre les héros et les saints : c’est à partir d’une même âme qu’ils nous entraînent, toutes et tous, à avoir du cœur à l’ouvrage pour redonner sa véritable force à la Paix, hors des ambitions aussi puériles que fallacieuses de celles et ceux qui veulent la réduire à une simple et illusoire trêve entre deux guerres.
Entre le bellicisme du « va-t-en guerre » et le pacifisme du « planqué », il y a une place pour un combat – ajusté – contre la loi de la jungle et ses prédateurs. Dans ce combat, et pas uniquement sur le terrain militaire, les frères d’armes sont aussi des artisans de paix.
Invitons les jeunes à les rejoindre en leur faisant aimer la rigueur de la réflexion et la fécondité de l’engagement.

Marie-Pierre Oudin